Archives expositions personnelles France

Archives expositions personnelles (B)

Le texte de Julia Mossé


L'exposition Pull Over Time organisée par Art: Concept rejoue des œuvres emblématiques du parcours artistique de Michel Blazy, tout en faisant la part belle à ses nouvelles pièces. Comme souvent dans les propositions de Michel Blazy, la matière est mise à l'honneur, ou plutôt à l'épreuve, dans un espace d'exposition qui devient son laboratoire. Dans un équilibre subtil entre maîtrise et aléatoire, la matière évolue et se transforme dans l'espace-temps de l'exposition, en fonction de ses propriétés et de ses conditions de monstration.

















































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Proches de l'Anti Form défendue par Robert Morris ou des travaux de Dieter Roth, les œuvres de Michel Blazy ne sont pas des formes fixes, mais des capteurs spatio-temporels qui intègrent le hasard et l'imprévisible, qui revendiquent le passage du temps.

«Je leur offre du temps» affirme l'artiste. Qu'il s'agisse du mur qui boit, des «dessins» à l'eau de Javel ou des pull-over, ce sont les réactions organiques ou chimiques — de la capillarité à l'absorption, en passant par la germination — qui sont à l'œuvre, et qui sont autant de stratégies d'émancipation et de survie de la matière.

La matière dans tous ses états révèle la perméabilité des corps, dits solides, qui se laissent traverser et contaminer par la diffusion des fluides: le plâtre au contact du colorant, les fibres à celui du détergent ou de l'eau.

Si ce n'est plus la «sculpture qui mange» (référence à une pièce de Giovanni Anselmo,
Senzo titolo (Scultura che mangia), 1968), mais «le mur qui boit», l'attitude de l'Arte Povera n'est pas loin non plus: dans l'utilisation de matériaux ordinaires, organiques ou rudimentaires, mais surtout dans l'affirmation d'un geste artistique humble, en réaction à un art luxuriant et ostentatoire.











Michel Blazy, Sans titre, 1999. Feutre sur papier. 30 x 21 cm. Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris, © Michel Blazy © Michel Blazy, Dinoflagèle, 2002. Feutre à l’eau, produit ménager sur papier. 42 x 29,7 cm. Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris

Ci-contre : © Michel Blazy, Sans titre, 1999. Feutre sur papier. 30 x 21 cm. Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris


Ci-dessus :  © Michel Blazy, Dinoflagèle, 2002. Feutre à l’eau, produit ménager sur papier. 42 x 29,7 cm. Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris




Dans des présentoirs épurés, à la manière d'un display de boutique de luxe ou d'un showroom, le visiteur découvre les dernières productions de l'artiste; côté électronique, un ordinateur portable et un appareil photographique, côté prêt-à-porter, une série de pull-over déclinée en trois coloris. Mais la comparaison s'arrête ici.


Affranchis de l'esthétique industrielle, léchée et finie, les articles proposés envahis par une végétation spontanée affichent une défaillance manifeste, un dysfonctionnement assumé. Ils se régénèrent par l'intervention du végétal, d'une nature qui reprend ses droits — à l'image de ces appareils électroménagers laissés à l'abandon au bord des routes, au fond des eaux. Echappant à leur obsolescence programmée, ces produits manufacturés déconditionnés deviennent les réceptacles d'une nouvelle vie, sauvage et primitive.

© Michel Blazy, Sans titre, 2014. Appareil photographique, plante, eau. Dimensions variables. Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris




Comme souvent dans le travail de Michel Blazy, le vivant est à l'œuvre et détourne avec humour les mécanismes de l'industrie culturelle et de la société de consommation. Aux confluents des utopies écologiques des années 1970, Michel Blazy affirme ainsi un procédé innovant de traitement des objets mis au rebut, une opération de recyclage poétique.

Eminemment politique, la démarche de Michel Blazy se rapproche des concepts développés par le paysagiste et écrivain Gilles Clément, proposant en quelque sorte des «jardins de résistance» miniatures. Son travail remet en question non seulement le statut d'œuvre d'art et d'exposition, mais surtout notre conception du temps et le rapport de l'homme à son environnement, dans une tentative de réconcilier l'éternelle opposition entre nature et culture.





© Michel Blazy, Sans titre, 2014. Appareil photographique, plante, eau. Dimensions variables. Courtesy de l’artiste et Art:Concept, Paris Michel Blazy, Pull Over Time, 2013, pull, sweat-shirts, plantes, eau, dimensions variables. Photo: Dorine Potel. Courtesy de l’artiste et Art: Concept, Paris

Michel Blazy, Pull Over Time, 2013, pull, sweat-shirts, plantes, eau, dimensions variables. Photo: Dorine Potel. Courtesy de l’artiste et Art: Concept, Paris

  Michel Blazy, Pull Over Time
  Galerie Art: Concept, Paris

  06.02 - 07.03.2015

Michel Blazy, Pull Over Time,  Galerie Art: Concept, Paris

Exposition du 6 février au 7 mars 2015. Galerie Art: Concept, 13 rue des Arquebusiers - 75003 Paris. Tél.: +33 0)1 53 60 90 30. Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.




© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2015. Tous droits réservés

L’exposition Pull Over Time se déroule en parallèlement à la publication d'une monographie retraçant plus de vingt ans de création de Michel Blazy. Celle-ci, conçue et réalisée par le frac Ile-de-France et constitue le prolongement de l’exposition consacrée au travail de Michel Blazy, Le Grand Restaurant, présentée au Plateau de septembre à décembre 2012. Cette publication étudiée avec l’artiste regroupe un corpus d’environ 500 pages associant différentes séries d’œuvres et et des textes de Valérie De Costa, Xavier Franceschi, Olivier Michelon et Ralph Rugoff. Elle retrace l’ensemble de sa carrière, de ses premières pièces en 1990 jusqu’à 2014. Une abondante iconographie présentée chronologiquement permet de comprendre l’évolution du travail et donne à voir la métamorphose et le processus des œuvres elles-mêmes.


Interrogeant notre rapport au temps et à la mort, l’artiste produit des œuvres qui contiennent en elle-même les possibilités de leur propre disparition, désacralisant ainsi l'immuabilité de la forme. Avec sa reliure japonaise, le catalogue monographique rend compte du caractère fondamental et de l’ampleur du travail de Michel Blazy dans l’histoire de l’art actuel et permet de découvrir dans leur intégralité les sculptures, installations, peintures et dessins de l’artiste. Éditée par Manuella Editions, la publication a bénéficié du soutien de nombreuses structures publiques et privées partout en France.