Gilles Balmet, Somewhere here on earth  
  Musée Géo-Charles, Echirolles
  18.02 - 29.05.2011

Communiqué de presse


Gilles Balmet revient d'un séjour de six mois passés à Kyoto et au Japon dans le cadre de la Résidence de Benoît Broisat à la Villa Kujoyama. Son travail récent s'est concentré sur des oeuvres sur papier et sur toile, situées à la frontière entre abstraction et figuration, qui mettent en question la notion de paysage, la place du regardeur dans la lecture des images, les notions de maîtrise et de hasard, d'ordre et de chaos.


Il présente un ensemble conséquent d'oeuvres nouvelles sur de multiples supports dans l'exposition Somewhere here on earth au Musée Géo-Charles.


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Gilles Balmet, Somewhere here on earth

Exposition du 18 février au 29 mai 2011. Musée Géo-Charles, 1 rue Géo-Charles - 38130 Echirolles. Tél.: +33 (0)4 76 22 58 63. Ouverture du lundi au vendredi de 14h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 19h.


Gilles Balmet expose également à l'Artothèque de l'ECLA Neverending music où il présente une série conséquente d'oeuvres nouvelles. Exposition du 26 avril  au 13 mai 2011. Artothèque de l'ECLA, 3 bis rue d'Orléans - 92210 Saint-Cloud. Tél.: +33 (0)1 46 02 53 91.

Le texte de Jacques Py, 4 août 2009

L'encre qui peignait les montagnes


Est-ce par la puissance d'une pensée magique qu'un lavis d'encre, en se retirant simplement de la

surface d'un papier à dessin, peut accoucher d'une montagne et engendrer, par les plissements

géologiques qui s'y forment et s'étagent, d'étranges décors vallonnés et déserts ?


Face aux oeuvres de Gilles Balmet la question se pose de savoir si, au-delà d'une alchimie des fluides que l'artiste pratique dans le retranchement de son atelier, ses Ink mountains ne relèveraient pas d'une constitution naturelle de la peinture. Ainsi les substances picturales initiales seraient aptes à produire spontanément des paysages grandioses et fantastiques à l'image de ceux que l'on découvre inscrits au coeur des porphyres, des agates ou de la Pietra Paesina, ce marbre toscan qui une fois tranché et poli nous subjugue tant.


Par un élémentaire procédé d'extraction l'artiste, comme le marbrier, ne ferait-il pas simplement apparaître des figures qui seraient déjà contenues dans les profondeurs d'une matière à l'état brut? Alors progressivement révélée par les bains du papier dans une cuve, comme une photographie dans son révélateur, l'image serait donc latente dans l'informel de ces dilutions de produits aux qualités non miscibles. Mais loin des mécaniques froides qu'elle avait supposées, la raison nous dicte une explication logique associant une connaissance sensible des matériaux à l'habile savoir-faire manuel de l'artiste. Lors de ses manipulations, les antagonismes de l'eau et des essences grasses se conjuguent ou se rejettent sur le papier en différentes densités et oppositions contrastées devenant sous ses yeux des sites montagneux ; les courbes imposées à la feuille façonnent le mouvement des monticules sur lesquelles des dépôts de matières acryliques sur l'encre délavée simulent des buissons d'épineux, des lichens ou des aspérités de roches affleurantes sous un couvert de givre. Bien d'autres évocations paysagères surgissent et devant ces planches sobrement encadrées, l'illusion nous stupéfie d'abord puis l'on se laisse projeter dans le réalisme de ces représentations comme on avait voulu croire en la magie de leur apparition.


Fasciné par les paysages de Madagascar, Max-Pol Fouchet écrivait : " Me serais-je attaché à ces croupes limées, à ces mols évasements, à ce paysage où le pittoresque luit à peine comme une braise cendreuse, si les apparences n'y tendaient à devenir, de leur propre mouvement, transparences ? " Si, épargnés par les bains successifs, les blancs du papier forment des ciels laiteux et sans nuages, comme surexposés, tous les phénomènes telluriens de ces contrées dévoilées ne sont en revanche que nuances et irisations subtiles dont les alluvions hésitent souvent entre une transcription positive ou bien négative d'un paysage sédimentaire. Alors le poète peut encore renchérir : " Regardez ce paysage. Les collines sont les dernières vagues d'une mer qui se calme et s'apaise. Usées, elles témoignent de l'usure lente. Ce relief murmure ".


Et ces dômes émoussés inspirés d'un Massif Central plutôt qu'alpin, évoquent les lentes érosions et les ravinements que le temps et les intempéries imposent aux reliefs les plus vifs. Et ces Ink mountains, nous les entendons bien nous dire ce que nos sens interprètent comme des algues déposées sur une plage par le ressac des vagues, comme le terrain calcaire parsemé de brindilles calcinés d'une calanque incendiée, comme des fonds sableux éclairés par les reflets brillants d'une mer limpide ou des coulées neigeuses sur un volcan éteint depuis des ères révolues. Surgissant d'un fonds archétypal d'une géographie immémoriale, les dessins de Gilles Balmet déclenchent en nous les projections de toutes nos réminiscences de paysages, comme les oeuvres de Roland Flexner nous invitent à la contemplation des variations atmosphériques du globe terrestre à partir seulement d'une bulle d'encre savonneuse éclatée sur une feuille.


Texte de Jacques PY, 4 août 2009. Catalogue oeuvres sur papier volume 1 / Édition Marguerite Waknine


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