Gilles Balmet, Sometimes It Snows in April   
  VOC, Fontaine
  02.04 - 16.05.2009

Extrait du texte de Bénédicte Ramade, Modus Operandi

Ce qu'Harold Rosenberg appelait des anxious objetcs et que Dario Gamboni qualifie d'images potentielles, ces formes et ces images ouvertes jusqu'à l'indétermination de leur champ d'action, constitue le nerf de la pratique de Gilles Balmet. Au spectateur de détailler les surfaces, de se laisser absorber dans les vidéos pour mieux opter pour une logique déductive.

Allusif, le monde empirique de ce jeune artiste se sert néanmoins d'une certaine sécheresse classique; d'oeuvres qu'on dirait tout droit sorties de gravures de Goya ou Fantin-Latour comme Anywhere out of the world (issue d'un processus complexe de pochoirs et destructions des formes) jusqu'à la régularité de paysages presque zen (Winterdreams).

Dans les Mauvaises herbes, réalisées à l'aide d'un compresseur qui envoie "balader" la matière, les oeuvres se chargent d'une violence sourde et dramatique. Les structures empathiques fonctionnent comme un écran de projection: tantôt structure concrète et abstraite, tantôt paysage forestier désolé barré par quelques lignes de crête.

Balmet sait embarquer avec douceur le regard dans ses pérégrinations. "Faire une esquisse, c'est dessiner des idées; tacher, c'est les suggérer" écrivait Cozens, poursuivant que sa technique permettait de "voir véritablement". Dans les oeuvres de Balmet, on retrouve cette donnée suggestive et néanmoins précise. D'ailleurs, il pousse souvent le regard à l'observation, cette façon de se plonger dans la matière d'une façon quasi hypnotique. Et le fantasme de la parfaite symétrie y participe grandement.

A côté des objets et des compositions plus anxiogènes parce que malaxées, se parant d'informe, la symétrie ordonne des vidéos et conditionne le visiteur. Qu'il regarde de la poudre de fer glisser le long d'une plaque de verre, un jeu de bâtonnets se plier à un ordre dont la règle échappe, il s'accroche avec la même incandescence à l'interprétation. De prime abord qualifiée par la simplicité des situations, elle se prend à flotter. La qualité immersive des images est en effet un redoutable levier à l'interprétation et entretient la schizophrénie des sujets actionnés par Balmet. Actionnés plus que mis en scène car le faire de ces oeuvres est essentiel tout comme leur pragmatisme. C'est cette articulation du physique, de la manipulation à la forme finale contrôlée et assagie qui offre aux surfaces leur résonance. Une méthode de travail sensible.








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Exposition du 2 avril au 16 mai 2009. VOC Espace municipal d'art contemporain, 10 avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine. Tél.: +33 (0)4 76 27 67 44. Ouverture mercredi et samedi de 14h à 19h, jeudi et vendredi de 16h à 19h.



Gilles Balmet, Sometimes It Snows in April

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