Christian Boltanski, Personnes
  Nef du Grand Palais, Paris
  13.01 - 21.02.2010

Extraits du dossier de presse


"J'espère transformer le Grand Palais en usine, avec un assourdissant bruit de machines" déclare Christian Boltanski qui précise pendant le montage : "Je me sens dans la position d'un cinéaste. Son film est écrit mais il ne sait ce qui va se passer que quand le tournage commence. A l'heure actuelle, tout n'est pas parfait. Il y a un point à partir duquel une exposition bascule du bon côté. Je n'ai pas encore atteint ce point. Il faut que je change quelques petites choses, que j'introduise un peu de désordre."


A l'initiative du ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux arts plastiques) avec le Centre national des arts plastiques, l'Etablissement public du Grand Palais des Champs-Elysées et la Réunion des musées nationaux, MONUMENTA propose tous les ans à un artiste de renommée internationale de se confronter à l'espace monumental de la Nef du Grand Palais.


De cette rencontre naît une oeuvre unique, éclairée par ce lieu spectaculaire. Après l'Allemand Anselm Kiefer en 2007 et le sculpteur américain Richard Serra en 2008, Christian Boltanski est le premier artiste français à répondre au défi de ce vaste espace chargé d'histoire.


Les thèmes fédérateurs à la base de la pensée et de l'oeuvre de Christian Boltanski sont bien connus : le passage du temps, la mort, le sacré, la mémoire, la figure humaine. La fiction qui constitue un élément essentiel de son travail conduit cependant à un réalisme évident. Cette fois, l'installation de l'artiste se base sur l'Enfer de Dante avec ses différents cercles. Il la met en écho avec "Après", une autre scénographie qu'il va proposer dès le 15 janvier au MAC/VAL, le musée d'art contemporain de Vitry-sur-Seine, exposition évoquant les limbes post-mortem.


Au Grand Palais, Boltanski cherche d'abord à susciter l'émotion des visiteurs à travers une expérience globale et sensorielle. L'artiste désire nous placer "dans" et non "devant" l'exposition. L'absence de chauffage de la grande nef, exigée par l'artiste pour une période d'exposition au creux de l'hiver, fait partie intégrante de l'installation.


La nef doit être envahie de pénombre, avec seulement des tubes de néons à hauteur d'homme près des installations au sol. Une unique "douche" de lumière éclaire violemment la pyramide de vêtements d'une dizaine de mètres de hauteur, pièce maîtresse du dispositif, avec ses couleurs vives. Sans cesse, la pince d'une grue inhumaine: la "main de Dieu", va prélever, élever puis laisser retomber ces vêtements à son sommet, d'une manière très aléatoire. "La pyramide, c'est la mise à mort de masse" confie l'artiste.


Pour réaliser cette "montagne" de vêtements, environ 50 tonnes de textiles ont été nécessaires. Ils seront rendus à la fin de la manifestation pour être recyclés.


Dans le vaste espace rectangulaire de la nef, un parterre de 69 carrés constitué de 5.000 manteaux posés sur le sol, les bras en croix, constitue une mosaïque de corps inertes. Le parcours est rythmé par le son des battements de 69 coeurs sélectionnés dans les "Archives du coeur" enregistrés depuis plusieurs années par l'artiste.


Ils évoquent dans un parfait anonymat la vie tandis que les manteaux, enveloppes désertées, soulignent l'absence et se font métaphores de la disparition :

"Depuis le début, je pense que la photo de quelqu'un, un vêtement usagé, un corps mort et maintenant un battement de coeur, c'est la même chose : un objet qui renvoie à un sujet absent. Dans un vêtement, il y a encore l'odeur, la trace, mais plus la personne. Quand je collectionne des photos, des battements de coeur, ce n'est pas pour montrer la présence mais l'absence. Et plus on accumule des preuves de la réalité de quelqu'un, plus on montre qu'il est absent. Toute mon activité était donc vouée à l'échec : durant toute ma vie, je n'ai cessé d'accumuler des preuves pour empêcher les choses de disparaître, et finalement je n'ai fait que renforcer leur disparition, accentuer la vision de cette perte. Si je travaille désormais davantage avec des vêtements qu'avec des photographies, c'est pour supprimer l'anecdote". (in interview de Christian Boltanski par Richard Leydier, artpress hors-série)


Christian Boltanski ne cherche pas à ressusciter la mémoire. il met en scène le processus de l'oubli, inventant une histoire collective anonyme et incertaine où il fait jouer l'inconscient collectif, la nostalgie, l'intime et l'universel dans une expérience tant physique que psychologique. Il évoque tout à la fois le hasard de la destinée, la singularité de chaque individu et l'inéluctabilité de la mort.


Commissaire d'exposition : Catherine Grenier










Archives expositions personnelles France

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Christian Boltanski, Personnes

Exposition du 13 janvier au 21 février 2010. Nef du Grand Palais, Entrée avenue Winston Churchill - 75008 Paris. Ouverture tous les jours sauf le mardi. De 10h à 19h le lundi et le mercredi. De 10h à 22h, du jeudi au dimanche.

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