Extraits du dossier de presse


Dans le cadre du projet départemental en Val d'Oise Visa pour l'Afrique, l'abbaye de Maubuisson a le plaisir de présenter une exposition monographique de l'artiste camerounais Bili Bidjocka.


Les oeuvres de Bili Bidjocka - tableaux, sculptures, installations - fonctionnent comme autant d'énigmes à déchiffrer, selon les principes d'apparition-disparition et de visible-invisible propres à son travail. Dans la grange, lumière et obscurité révèlent l'ossature du bâtiment et font apparaître des silhouettes fantomatiques, évocatrices d'une présence féminine. Dans le décor gothique de la salle des religieuses, un rideau de perles géant s'inspire de la rencontre fictive entre Soundiata Keita, empereur du Mali; et Saint Louis, roi de France et fils de Blanche de Castille (fondatrice de l'abbaye de Maubuisson au 13e siècle).  


L'épopée de cet événement imaginaire donne lieu également dans le parc à la création d'un jeu d'échecs figeant une partie inachevée entre les deux souverains.


L'espace de l'antichambre et des anciennes latrines convoque en une installation saisissante les symboles du pouvoir et de la catastrophe. Dans la salle du parloir, l'artiste rejoue la Cène, sous la forme d'une installation vidéo.


Le temps de l'exposition est considéré par l'artiste comme un élément à part entière du projet. Un certain nombre d'actions et d'activités incluses dans la programmation de l'abbaye durant cette période feront partie intégrante du projet artistique.






  Exposition monographique de Bili Bidjocka
  Abbaye de Maubuisson, Saint-Ouen L’Aumône
  07.04 - 30.08.2010

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Bili Bidjocka à l'Abbaye de Maubuisson

Exposition du 7 avril au 30 août 2010. Abbaye de Maubuisson, avenue Richard de Tour - 95310 Saint-Ouen-l'Aumone. Tél.: +33 (0)1 34 64 36 10. Ouverture en semaine, sauf le mardi, de 13h à 18h, samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h.


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Extrait du texte de Simon Njami, Un voyage initiatique


La fiction de Bili Bildjocka parle de la rencontre improbable entre deux continents, deux histoires, trois espaces-temps. Le premier est constitué par l'abbaye de Maubuisson elle-même. Une parenthèse spatio-temporelle dans un environnement social et urbanistique qui la nimbe d'irréalité. C'est à partir de cette irréalité-là que l'artiste a commencé à écrire son histoire. Celle de Saint-Louis, fils de la fondatrice de Maubuisson et de Soundiata Keita, l'un des plus grands empereurs d'Afrique, qui fut contemporain du saint roi.

Cela se passe au Moyen Age. Le temps avance à son rythme et les usages sont bien plus civils alors, malgré la barbarie attachée à cet âge, que nos sophistications contemporaines.


La métaphore, à l'aube du troisième millénaire, fonctionne à merveille. Les habitants de Maubuisson sont tous concernés. Les Français de vieille souche comme les populations migrantes dont un grand nombre est issu de cette Afrique qui n'aurait pas dû se trouver là, au coeur de cette France médiévale. Saint-Louis et Soundiata, c'est la rencontre de deux cultures, de deux mondes à la fois opposés et proches. Après tout, quoi de plus semblable à un roi qu'un autre roi ? Qu'il y a-t-il, en effet, de plus proche d'un roi qu'un autre roi, fusssent-ils mongols ou aztèques ? Peu de chose, en réalité. A travers cet événement historique, Bidjocka nous invite à passer de l'autre côté du miroir et à voir le monde tel qu'il aurait pu être. L'exposition, une invitation au voyage, se présente comme un parcours, une promenade méditative dans laquelle le spectateur devient acteur de sa propre fiction.

Dès la Grange, le ton sera donné : nous allons jouer avec l'absence et la présence, les illusions d'optique. Puis nous traversons le parc, peuplé de fantômes et d'ombres évanescentes. Et puis...


Le traitement de cette fable, toute en subtiles allusions, en clins d'oeil et en trompe-l'oeil, nous conduit en bons pèlerins, à ne plus douter de la révélation qui nous est faite, au bout d'un parcours qui participe de l'initiation la plus pure. Qu'est l'art contemporain, en effet, si ce n'est cette machine à voyager dans le temps, cette question ouverte, à jamais irrésolue, cette quête d'un absolu dont les contours flous hantent les esprits ? Il ne s'agit pas d'Afrique ni de France. Il ne s'agit pas d'Afrique ni de France. Il ne s'agit pas d'historicité. Il s'agit d'un moment à vivre. Un moment de réconciliation au coeur duquel la place la plus large est faite à notre humanité. En décidant de confronter le temps au temps, les valeurs aux valeurs, Bili Bidjocka nous rappelle cette évidence : il n'y a rien d'humain qui soit étranger à l'humain.


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