Archives expositions personnelles France

Archives expositions personnelles (B)

  Bertille Bak, Le Tour de Babel
  Le Grand Café, Saint-Nazaire

  06.06 - 31.08.2014

Le texte de Camille Paulhan


L’exposition Le Tour de Babel fait suite à la résidence de Bertille Bak à Saint-Nazaire de fin 2012 à 2014. Dans une pratique où le documentaire se mêle avec poésie à la fiction, l’artiste développe une pensée singulière sur ses contemporains. Observatrice des communautés qui se forment et se délient au sein de territoires délimités, elle travaille moins dans l’idée d’un entomologiste épinglant des espèces recherchées que dans celle d’une recréation rêveuse de rituels perçus comme des témoins de formes de vie en collectivité.











































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Exposition du 6 juin au 31 août 2014. Le Grand Café centre d’art contemporain, place des Quatre z’Horloges – 44600 Saint-Nazaire. Tél. : +33 (0)2 44 73 44 00. Entrée libre du mardi au dimanche de 11h à 19h.


Bertille Bak, Le Tour de Babel, Le Grand Café, Saint-Nazaire

© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2014. Tous droits réservés

Qu’il s’agisse de sa propre communauté, celle des corons du Nord de la France ou de groupes qui lui sont étrangers, il n’est jamais question pour elle de se mettre à distance ou d’opter pour un regard éloigné, mais bien au contraire de partager une séquence de vie, une lutte, une résistance. Chez Bertille Bak, les projets s’inscrivent ainsi dans le temps, plusieurs mois en général, pendant lesquels elle s’immerge dans une réalité et un quotidien, s’installe dans les lieux, noue des liens avec des collectifs, souvent en situation de précarité et à la limite du démantèlement.


C’est ainsi qu’elle a pu s’intéresser aux habitants d’un quartier de Bangkok menacé de disparition au profit d’un grand magasin, en mettant en scène l’implosion d’un de leurs immeubles au terme d’un chant du cygne révolutionnaire en morse lumineux. Ou encore aux Roms d’un camp installé à Ivry-sur-Seine, dans la banlieue parisienne, à leur silence forcé et au nécessaire camouflage qui les guette. Avec les membres de ces communautés, elle élabore un scénario, dans lequel ceux qui d’ordinaire sont contraints à une résistance passive et à une forme d’invisibilité, deviennent acteurs de leurs propres histoires au sein de leurs
environnements habituels : le quotidien rejoué, amplifié et détourné se mêle à la fiction imaginée par l’artiste.



Bertille Bak, Le Tour de Babel, vidéo couleur. Production Le Grand Café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire. Courtesy de l’artiste et galerie Xippas, Paris © Bertille Bak


À Saint-Nazaire, où elle a été en résidence au Grand Café au cours des deux dernières années, Bertille Bak a également formulé un projet ancré localement, qui vise à dévoiler des réalités parfois masquées. S’intéressant aux chantiers navals, au ballet mécanique des machines, elle souhaite mettre l’accent sur les hommes qui travaillent à l’édification des navires de croisière les plus somptueux et sur l’équipage à bord de ces géants de la mer : leur communauté, non plus liée par une histoire commune, se pense d’abord par le travail et le partage de temps et d’espaces contraints où chacun doit trouver sa place.
Le paquebot, recréation d’un microcosme au territoire fermement délimité au milieu des eaux internationales, est choisi comme un des éléments de décor du film produit par l’artiste pour cette exposition. Avec son lot d’espaces réservés aux touristes et interdits aux employés, l’univers croisiériste engendre une forme de chorégraphie réglementée, où les zones réservées des uns sont interdites aux autres.

Intitulée Le tour de Babel, en référence aux différentes nationalités et individualités qui composent ces communautés en partie invisibles, cette présentation mêlera très certainement des objets évoquant les rituels des hommes et femmes de la mer, ainsi que leurs voyages et trajets parfois absurdes.


Note d’intention de Bertille Bak, Saint-Nazaire, le 20 avril 2014

« Le fondement de ma démarche s’inscrit dans la relation que je crée avec des groupes que je ne connais pas et qui me mène à rendre compte de leur situation. Pour ce faire, je me base sur le maximum d’informations accumulées au cours des mois passés avec eux.
Invitée en résidence par le Grand Café, mon intérêt s’est de suite porté sur les marins en escale, ces invisibles qui animent la ville par leurs va-et-vient.
Dès lors, je savais que ce projet allait prendre une forme différente des projets précédents (dits « en immersion ») car les marins, à Saint-Nazaire, sont en transit pour une ou deux nuits, à l’exception de l’équipage des bateaux de croisière tout juste construits qui restent à quai durant quelques semaines avant le grand départ.
Mon travail n’étant pas une recette qui peut être déclinée à tous les groupes rencontrés, je trouvais intéressant de faire avec ce temps restreint pendant lequel les marins occupent un territoire précis. Cela me permettait de me mettre moi-même dans une position et une relation basées sur l’absence, tout en travaillant à créer un lien avec ces personnes physiquement impalpables.
J’ai tenté en somme, d’établir une sorte de relation cachée et à distance avec les personnes rencontrées durant quelques heures ce qui me permettait de comprendre leur quotidien ou de mettre le doigt sur quelques dysfonctionnements.
De longs mois ont été consacrés à la collecte de traditions communes à ces différentes nationalités de marins, avec une attention particulière à leurs chants, aujourd’hui méconnus de la génération d’actifs ou totalement inexistants dans certains pays.
J’ai considéré la résidence comme un vrai temps de recherche et d’accumulation d’informations diverses sur la vie des marins, leurs passe-temps, leurs conditions de travail, leur rapport à la famille, aux femmes, au temps.
 »


L’exposition Le tour de Babel a été réalisée en collaboration avec Charles-Henry Fertin.





Bertille Bak, Les Complaisants. Série de 35 marqueteries réalisées à partir de cheveux tissés, dimensions variables. Production Le Grand café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire.
Courtesy de l’artiste et galerie Xippas, Paris © Bertille Bak